Fondée en 1751 par le roi Louis XV, l’École militaire trône dans le 7e arrondissement de Paris, face au Champ-de-Mars, entre la Tour Eiffel et le siège de l’UNESCO. Classée monument historique depuis 1990, elle incarne près de trois siècles de formation militaire française. Son architecture néoclassique, signée Ange-Jacques Gabriel, chef de file du mouvement néoclassique, en fait l’un des plus beaux ensembles du XVIIIe siècle à Paris. Bien plus qu’un décor, ce site vivant abrite aujourd’hui une vingtaine d’organismes d’enseignement supérieur, de doctrine et de recherche stratégique, formant les officiers et cadres qui façonnent la défense nationale.
Sommaire
ToggleLes origines et l’histoire de l’École militaire
La guerre de Succession d’Autriche, qui s’achève en 1748, révèle crûment le manque d’officiers compétents pour commander les régiments royaux. Le maréchal de Saxe, qui avait combattu aux côtés des armées françaises, propose alors à Louis XV de créer une école royale militaire. Il s’appuie sur Madame de Pompadour, maîtresse du roi, et sur le financier Joseph Pâris Duverney pour faire aboutir le projet.
Par l’édit de janvier 1751, Louis XV fonde l’institution destinée à former cinq cents jeunes nobles sans fortune aux sciences de la guerre. L’École royale militaire comprenait aussi des collèges en province, comme l’École de Brienne, avec une admission à Paris par concours national. L’institution ouvre ses portes en 1756 avec deux cents cadets. Elle ferme dès le 9 octobre 1787, et ses bâtiments servent de caserne, notamment pour la Garde impériale, avant d’être pillés pendant la Révolution.
C’est à la fin du XIXe siècle que l’École militaire retrouve sa vocation première. L’École supérieure de guerre y ouvre en 1878, suivie du centre des hautes études militaires en 1911. Parmi ses élèves les plus célèbres : Bonaparte, entré en octobre 1784 et sorti en octobre 1785, un an seulement après son admission. Le futur diplomate Jean-François de Bourgoing y entra en 1760, aux côtés d’autres jeunes nobles destinés aux armes.
L’architecture et le patrimoine du site parisien
Le Grand Projet de Gabriel et la construction
Ange-Jacques Gabriel présente son Grand Projet le 24 juin 1751. Il imagine un palais d’inspiration palladienne avec fronton triangulaire, colonnes antiques et une immense église, plus vaste que celle des Invalides, précédée d’une colonnade à la manière de Saint-Pierre de Rome. Les travaux commencent le 13 septembre 1751. L’argent manque rapidement : en 1754, seuls les bâtiments de service étaient entamés. La magnifique façade principale, finalement réalisée, reste un chef-d’œuvre du néoclassicisme.
Le 5 juillet 1768, le Roi pose la première pierre de la chapelle. Les travaux s’achèvent en 1780. Le Château, partie centrale, a pour particularité son dôme quadrangulaire inspiré du Louvre. Dans la cour d’honneur, une horloge réalisée par Jean-André Lepaute est toujours entretenue par la même entreprise, 235 ans après son installation. Les sculptures du fronton sont l’œuvre de Louis-Philippe Mouchy, tandis que les bas-reliefs Le Temps et L’Astronomie seraient de Jean-Pierre Pigalle.
La chapelle, la rotonde et la bibliothèque
La chapelle Saint-Louis, construite d’après les plans de Jacques-Ange Gabriel, est rendue au culte en 1952 après de longues années d’abandon. Elle conserve neuf tableaux illustrant la vie de saint Louis, commandés au XVIIIe siècle, dont des œuvres de Joseph-Marie Vien, Charles-Amédée Van Loo et Louis Durameau. La rotonde Gabriel, transformée en mess en 1945, et la bibliothèque patrimoniale avec ses boiseries et ses cheminées en marbre complètent ce patrimoine remarquable.
Les travaux de purge des façades en 2012 ont mis au jour des traces saisissantes : en juin 2012, deux balles datant probablement de 1944 ont été découvertes dans l’ouverture des fenêtres. Les impacts pénètrent la pierre sur 5 à 15 cm de profondeur. L’histoire s’est littéralement incrustée dans ces murs.

Les grandes écoles militaires françaises
L’École militaire n’est pas isolée dans le paysage de la formation militaire nationale. Elle s’inscrit dans un réseau d’institutions structurant les carrières de l’armée française à tous les niveaux. Les principales grandes écoles militaires françaises sont :
- L’École spéciale militaire de Saint-Cyr, qui forme les officiers de l’armée de Terre
- L’École polytechnique, grande école d’excellence scientifique sous tutelle du ministère des Armées
- L’École militaire interarmes (EMIA)
- L’École nationale des sous-officiers d’active (ENSOA)
- Les lycées militaires relevant du ministère des Armées, première étape pour les jeunes souhaitant s’orienter vers l’armée de Terre, la Marine nationale, l’Armée de l’Air et de l’Espace ou la Gendarmerie nationale
Historiquement, l’École royale militaire comprenait des collèges provinciaux, dont l’École de Brienne, avec admission à Paris par concours national. La diversité des filières proposées, des officiers généraux aux sous-officiers, structure profondément les armées françaises. Pour les candidats visant la gendarmerie, des préparations spécifiques existent, notamment une préparation au concours de gendarmerie pour devenir gendarme.
Les formations et organismes d’enseignement supérieur militaire
L’École de guerre et le CHEM
L’École de guerre, héritière de l’École supérieure de guerre et du Collège interarmées de défense (1993-2011), accueille chaque année environ 320 officiers supérieurs stagiaires, dont une centaine d’officiers étrangers représentant 70 nationalités. Son programme couvre la planification des opérations interarmées, la géopolitique et les relations internationales. Les cours mêlent conférences, travaux en groupe et études personnelles approfondies.
Le Centre des hautes études militaires (CHEM), actif depuis 1952, forme chaque année une trentaine de colonels et capitaines de vaisseau. Leurs auditeurs affichent en moyenne 47 ans, 26 années de service et 5 ans d’ancienneté dans leur grade. Trois auditeurs de l’Union européenne les rejoignent. La formation se déroule de juin à septembre, articulée autour de trois cycles : défense, collectivité nationale et relations internationales.
L’IHEDN et l’IHEMI
L’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN) ouvre ses sessions nationales aux hauts fonctionnaires, officiers et cadres de la nation. Chaque session nationale réunit ses auditeurs militaires aux côtés de 60 auditeurs civils. Des séminaires destinés aux 20-30 ans existent depuis 1980. L’Institut des hautes études du ministère de l’Intérieur (IHEMI), quant à lui, se spécialise dans la sécurité, la gestion de crise et l’intelligence économique, avec des formations longues et courtes.

L’Académie de défense et la recherche stratégique
Le 26 octobre 2023, le ministre des Armées Sébastien Lecornu inaugure l’Académie de défense de l’École militaire (ACADEM). Structure légère et fédératrice, elle regroupe une vingtaine d’organismes d’enseignement, de doctrine et de recherche implantés sur le site. Sa mission : développer le rayonnement de la pensée stratégique française auprès des partenaires européens et internationaux.
L’ACADEM rassemble notamment :
- L’Institut de recherche stratégique de l’École militaire (IRSEM), centre de prospective en géopolitique et stratégie militaire
- Le Centre interarmées de concepts, de doctrines et d’expérimentations
- La chaire cyber et souveraineté numérique, la chaire économie de défense et la chaire défense et sécurité du territoire national
- L’Académie du renseignement et le Commandement du combat futur
La bibliothèque de l’École militaire, anciennement centre de documentation inauguré en 2009 et rebaptisée en 2023, est accessible aux chercheurs civils et militaires, aux universitaires et aux auditeurs de l’enseignement supérieur. Elle constitue un outil précieux pour quiconque travaille sur les questions de défense nationale. L’ensemble de ces organismes fait du site parisien un pôle sans équivalent en Europe sur le plan des études de défense.
Les dispositifs de financement et d’accompagnement des carrières militaires
Intégrer une école militaire représente un investissement, mais des aides financières existent pour accompagner les candidats, pouvant atteindre jusqu’à 10 000 euros par an. L’armée de Terre et les autres armées proposent divers dispositifs d’engagement permettant de financer une partie du parcours. Ces aides s’adressent aux élèves comme aux familles, avec des ressources pédagogiques disponibles pour les professeurs et conseillers d’orientation.
Le Centre de formation au management de la défense, membre de l’ACADEM et relevant de la DRH-MD, est l’unique centre de formation du ministère des Armées réunissant cadres supérieurs militaires et civils. Il intègre une Digital factory, véritable outil d’innovation pédagogique. Sur l’ensemble du site de l’École militaire, 55 organismes totalisent 3 000 personnes, avec 500 prestations d’accueil et séminaires assurées annuellement.
Ces dispositifs ne forment pas seulement des techniciens de la guerre. Ils forgent des dirigeants capables de penser la stratégie nationale dans sa globalité, du cadet débutant jusqu’à l’officier général. C’est précisément ce continuum pédagogique, du recrutement à la haute responsabilité, qui distingue le modèle français de formation militaire à l’échelle internationale.
- Bourses et aides pouvant atteindre 10 000 euros par an pour les élèves officiers
- Dispositifs d’engagement proposés par l’armée de Terre, la Marine et l’Armée de l’Air
- Ressources dédiées aux familles et aux professionnels de l’éducation pour orienter vers les filières militaires
- Formations continues au sein du Centre de formation au management de la défense
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